Le nom « Monte Carlo » vient du célèbre casino de Monaco. Et ce n’est pas un hasard : la méthode repose justement sur l’utilisation du hasard pour faire des calculs. L’idée a été formalisée dans les années 1940 par Stanislaw Ulam et John von Neumann, deux mathématiciens travaillant sur le projet Manhattan.

Ils se sont demandé : « Et si, plutôt que d’essayer de calculer des résultats impossibles à la main, on les simulait des milliers de fois au hasard pour estimer ce qui se passe en moyenne ? » Depuis, cette approche s’est imposée dans tous les domaines : finance, industrie, climat, biologie, intelligence artificielle, gestion de projet… Partout où on veut comprendre, estimer ou anticiper, malgré l’incertitude.

L’idée simple derrière la méthode

La méthode de Monte Carlo repose sur un principe très humain : Quand on ne sait pas exactement ce qui va se passer, on fait plein d’essais pour voir ce qui arrive le plus souvent. Plutôt que de chercher une formule exacte, on fait tourner des milliers de scénarios possibles, chacun avec des paramètres légèrement différents, tirés au hasard. Puis on observe ce que ça donne en moyenne. Autrement dit :

  • On remplace le calcul pur par la simulation.
  • On utilise l’incertitude au lieu de la subir.
C’est une façon moderne et très intuitive d’estimer le probable à partir du possible.

Un exemple très parlant : la météo

Imaginons que l’on veuille prévoir la météo à 7 jours. On ne peut pas savoir exactement ce qu’il va faire, car trop de variables changent sans arrêt. Mais on peut simuler 10 000 scénarios météo possibles en faisant varier la pression, la température, le vent, etc. Si 7 500 de ces scénarios annoncent de la pluie, on peut dire qu’il y a 75 % de chances qu’il pleuve. C’est exactement la logique de Monte Carlo : aider à quantifier l’incertitude au lieu de la subir.

Comprendre les scénarios P50, P80 et P90

Quand on réalise une simulation de Monte Carlo, on n’obtient pas une seule valeur, mais toute une gamme de résultats possibles. Certains scénarios sont très favorables, d’autres plus pessimistes. Et entre les deux, on trouve une moyenne de comportements probables. Pour s’y retrouver, on utilise souvent trois repères appelés P50, P80 et P90.

  • P50 correspond au scénario « médian » : il y a 50 % de chances que le résultat soit meilleur (ou plus rapide), et 50 % de chances qu’il soit moins bon. C’est le scénario réaliste ou optimiste modéré.
  • P80 représente un scénario prudent : 80 % des simulations donnent un résultat meilleur, ce qui traduit une bonne marge de sécurité.
  • P90 est le scénario très conservateur : celui qu’on choisit quand le risque de dépassement est inacceptable (projets critiques, budgets contractuels, etc.).

Ces repères ne sont pas des règles mathématiques figées, mais des seuils de confiance choisis en fonction du contexte et du niveau de risque acceptable. Ils permettent de transformer une simulation en outil d’aide à la décision : on ne dit plus « le projet durera 80 jours », mais « il y a 80 % de chances qu’il soit terminé avant 95 jours ». Autrement dit, Monte Carlo ne prédit pas le futur : il montre la probabilité de chaque futur possible. A nous ensuite de choisir le niveau de prudence qui nous ressemble.

Ces trois points offrent un équilibre intuitif :

  • P50 correspond à « ce qu’on pense vraiment probable »
  • P80 correspond à « ce qu’on veut garantir avec confort »
  • P90 correspond au « scénario du pire raisonnable »

La méthode de Monte Carlo fournissant toute la distribution des résultats, on peut donc choisir n’importe quel percentile en fonction du contexte, de la tolérance au risque, ou de la culture de l’organisation.

Quelques cas où d’autres seuils sont utilisés :

Méthode Monte Carlo : quel percentile choisir selon votre tolérance au risque ?
CasPercentile préféréLogique
R&D / InnovationP30 ou P40Culture d’expérimentation, prise de risque assumée
Projet interne flexibleP60 ou P70Equilibre entre ambition et réalisme
Projet client sensibleP80Contrat à respecter
Infrastructures / Nucléaire / DéfenseP90 ou P95Risque de dépassement intolérable
Analyse financièreP10 / P90Pour encadrer une fourchette de risque (VaR, stress test)
Innovation : comment l’intégrer quand les équipes sont déjà surchargées ?

Fonctionnement de la méthode de Monte Carlo

  1. On définit le problème.

    Exemple : combien coûtera un retard de projet ? Quelle sera la rentabilité d’un produit ?

  2. On introduit de l’incertitude.

    Au lieu de dire « le délai sera de 10 jours », on dit « il sera entre 5 et 20 jours ».

  3. On simule des milliers de scénarios.

    L’ordinateur tire des valeurs au hasard dans cette fourchette et calcule le résultat à chaque fois.

  4. On regarde la distribution des résultats.

    On obtient une « courbe en cloche » avec un coût moyen, un scénario optimiste et un scénario pessimiste.

  5. On prend une décision informée.

    On peut alors dire : « Il y a 80 % de chances que ce projet coûte moins de 250 000 € » ou « Seulement 10 % de chances qu’on soit livrés avant telle date ».

Intégrer l'incertitude dans les décisions projets

Pourquoi cette approche est-elle si efficace en contexte projet ?

  • Parce que le monde réel est incertain.

    Rien ne se déroule jamais exactement comme prévu. Monte Carlo aide à intégrer l’incertitude dans la prise de décision.

  • Parce qu’elle est simple à mettre en œuvre.

    Quelques lignes dans Excel ou Python suffisent à simuler des milliers de scénarios.

  • Parce qu’elle donne du sens aux chiffres.

    On ne dit plus « le projet durera 80 jours » mais « dans 80 % des cas, il durera entre 75 et 95 jours ». C’est bien plus proche de la réalité terrain.

Applications concrètes de la méthode

La simulation de Monte Carlo est aujourd’hui utilisée dans de nombreux domaines pour modéliser l’incertitude et éclairer la prise de décision.

Principaux cas d’usage de la simulation de Monte Carlo
DomaineExemple d’usage
Gestion de projetEstimer les délais, les coûts et les risques cumulés
FinanceValoriser des options, évaluer le risque de portefeuille
Industrie / IngénierieTester la fiabilité d’un système ou la tolérance d’un composant
Energie / ClimatSimuler des variations de demande ou de température
Marketing / IATester des stratégies face à différents comportements clients
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L’exemple du calcul de π (pi)

C’est l’expérience la plus célèbre pour comprendre le concept.

Imaginez un carré contenant un cercle. Vous jetez des « fléchettes » au hasard dans le carré :

  • Si la fléchette tombe dans le cercle : c’est un « succès ».
  • Si elle tombe en dehors : c’est un « échec ».

La proportion de fléchettes dans le cercle donne une estimation de π/4 (surface du cercle / surface du carré). En multipliant par 4, vous obtenez une approximation de π.

Plus vous jetez de fléchettes, plus vous vous rapprochez de la valeur réelle. Simple, ludique… et parfaitement Monte Carlo.

Ce qu’il faut retenir

La méthode de Monte Carlo utilise le hasard pour mieux comprendre le risque. Elle permet d’estimer des résultats qu’on ne peut pas calculer exactement. Elle donne des scénarios réalistes, pas des certitudes illusoires. Elle est accessible à tous, pas besoin d’être mathématicien pour l’utiliser.

Monte Carlo, c’est un peu le simulateur universel de la complexité. Quand les équations deviennent impossibles, elle permet d’explorer le champ des possibles. Et dans un monde où l’incertitude est devenue la norme, cette approche probabiliste devient un véritable atout stratégique pour décider avec lucidité.

FAQ – La Méthode de Monte Carlo

C’est une technique de simulation qui utilise le hasard pour estimer un résultat. Plutôt que de chercher une formule exacte, on fait tourner des milliers de scénarios aléatoires pour voir ce qui se produit « en moyenne ». Autrement dit : quand le calcul est trop compliqué, Monte Carlo fait des essais au hasard jusqu’à approcher la bonne réponse.

Le nom vient du célèbre casino de Monte Carlo, clin d’œil au hasard et aux jeux de chance. Les mathématiciens Stanislaw Ulam et John von Neumann ont baptisé ainsi leur méthode dans les années 1940, alors qu’ils utilisaient des tirages aléatoires pour résoudre des problèmes nucléaires complexes.

A estimer, prévoir ou évaluer quand l’incertitude empêche un calcul exact.

On l’utilise dans :

  • La finance (valoriser des options, mesurer le risque),
  • La gestion de projet (estimer délais et coûts probables),
  • La physique ou l’ingénierie (modéliser des systèmes complexes),
  • Et même en IA et analyse de données.

Ces « P-valeurs » indiquent des niveaux de confiance issus de la simulation.

  • P50 : 50 % de chances de faire mieux, ce qui correspond à un scénario « réaliste »,
  • P80 : 80 % de chances de faire mieux, ce qui correspond à un scénario « prudent »,
  • P90 : 90 % de chances de faire mieux, ce qui correspond à un scénario « très conservateur ».

Elles servent à choisir ton niveau de risque acceptable selon ton contexte.

Pas du tout. La beauté de Monte Carlo, c’est qu’elle se comprend intuitivement : on faisant plein d’essais, on observe la moyenne. Aujourd’hui, un simple tableur ou un petit script peut faire tourner une simulation Monte Carlo en quelques secondes.

Elle permet de modéliser les aléas réels : retards, charge variable, priorités concurrentes… Plutôt que de croire à un planning parfait, on obtient une fourchette probabilisée : « Il y a 80 % de chances que le projet soit terminé avant le 12 décembre. » C’est bien plus crédible qu’une date unique.

Les deux reposent sur le même principe, mais la version “Quasi” n’utilise pas de hasard pur : elle emploie des séquences à faible dispersion pour couvrir l’espace plus uniformément et converger plus vite. En clair : même résultat, mais plus d’efficacité.

Oui, mais avec un rendement décroissant. La précision s’améliore lentement (environ selon 1/√N), donc doubler le nombre de tirages ne divise pas l’erreur par deux. Au-delà de quelques dizaines de milliers de tirages, on atteint souvent un bon équilibre entre temps de calcul et fiabilité.

Oui. Avec un peu de logique aléatoire (=ALEA() ou RAND()), on peut tirer des valeurs entre des bornes min/max, répéter la simulation et calculer les percentiles (P50, P80, P90). C’est une excellente manière de visualiser le risque sans code.

C’est une démonstration classique : on jette des « fléchettes virtuelles » dans un carré contenant un cercle. La proportion de points dans le cercle vaut π/4, donc on peut estimer π en multipliant par 4. Simple, ludique et parfait pour montrer que le hasard peut approcher une valeur exacte.

Parce qu’elle met des chiffres sur l’incertitude. Dans un monde où tout change vite, Monte Carlo reste une des rares méthodes capables de quantifier le risque et de transformer le flou en insight exploitable.